Il y a des livres dont on sort différente, et celui-ci en fait partie. Je l’ai refermé le cœur serré, les yeux humides, avec le sentiment que Hiromi, Yuna et Ama allaient rester un long moment avec moi.
Je me suis attachée à elles très vite. Leur courage m’a bouleversée : elles ont bravé la peur et l’interdit pour faire éclater des vérités que d’autres auraient préféré enterrer. Ce qu’elles découvrent m’a mise en colère. Les événements qui se sont déroulés au Mandchoukouo sont d’une inhumanité effroyable, et je trouve révoltant qu’ils soient si peu connus, alors qu’ils font pleinement partie de l’Histoire. Je crois que nous devrions tous les connaître, pour ne pas oublier et pour que de telles horreurs ne se reproduisent jamais.
L’histoire s’ouvre en 1944, dans ce Mandchoukouo que l’armée japonaise a créé de toutes pièces dans le nord-est de la Chine. On y suit Hiromi, journaliste et épouse d’un officier de haut rang, qui prend peu à peu la mesure de la réalité : ce territoire, censé protéger plusieurs peuples, cache un tout autre visage. Puis le récit nous emmène à Kyoto, dans les années 1990, auprès de deux sœurs, Yuna et Ama. Ama est atteinte d’une leucémie très agressive, et Yuna, médecin, se bat pour lui trouver un donneur de moelle osseuse compatible. Mais en cherchant à sauver sa sœur, elle exhume des secrets de famille peu glorieux qui vont bouleverser leurs deux vies.
L’écriture est incisive et ne cache rien de la violence de la guerre. Le rythme est haletant, l’ambiance sombre, et pourtant il en ressort une lueur : l’espoir que ces trois femmes ont su transmettre aux générations suivantes. Je leur en suis profondément reconnaissante.
CITATIONS
À l’origine, la femme était un soleil, un être authentique.
Aujourd’hui la femme est une lune, une lune au visage livide comme celui d’un malade, qui vit à travers autrui et ne brille que par autrui ¹.
Hiromi avait appris par cœur ce poème fondateur du féminisme à la japonaise.
1.Hiratsuka Raichô.Enfanter était devenu le devoir sacré de chaque japonaise, et Hiromi ne se reconnaissait plus dans le féminisme sans concessions auquel elle avait adhéré dans ses premières années à Tokyo.
Tout, dans sa manière de traiter son épouse, signalait la considération qu’il lui témoignait. Il la traitait comme son égale, marchant ostensiblement à ses côtés dans la rue, et non plusieurs mètres devant comme la plupart des maris japonais.
NOTE
