Guylain Vignolles a 32 ans et un quotidien qui ne le fait pas rêver. Chaque jour, il rejoint une usine où l’attend la Zerstor 500, une broyeuse industrielle chargée de détruire les invendus des librairies. Des tonnes de livres condamnés, jamais lus, qui finissent en pâte à papier. Le métier de Guylain, c’est de nourrir cette machine insatiable — un supplice quotidien pour cet amoureux des mots que rien ne prédisposait à devenir le bourreau des livres.
Pour tenir le coup, Guylain a trouvé un rituel bien à lui : chaque soir, il sauve quelques pages échappées du massacre, des fragments de textes sans queue ni tête, et les lit le lendemain matin à voix haute aux voyageurs du RER de 6h27. Une façon de redonner, ne serait-ce que quelques instants, une seconde vie à ces mots destinés à disparaître.
Ce qui fait la force du roman, ce sont surtout les personnages qui gravitent autour de Guylain. On pense à Yvon, vigile et comédien raté, qui ne s’exprime plus qu’en alexandrins avec un sérieux désarmant. Ou encore à Giuseppe, ex-collègue de Guylain, victime d’un terrible accident avec la Zerstor et qui consacre désormais son temps à retrouver, exemplaire après exemplaire, les pages du livre qui a englouti une partie de lui. Chacun de ces personnages, aussi loufoques soient-ils, est traité avec une infinie tendresse par l’auteur, sans jamais tomber dans la caricature.
Le roman bascule le jour où Guylain trouve une clé USB oubliée sur un strapontin du train. Dedans, le journal intime de Julie, une jeune femme employée comme dame-pipi dans un centre commercial. À travers ses mots, souvent drôles, parfois mélancoliques, Guylain découvre une personnalité attachante — et tombe peu à peu sous son charme. Commence alors une quête presque romanesque : retrouver cette inconnue dont il ne connaît que l’écriture et les pensées les plus secrètes.
Ce roman m’a agréablement surpris. Il porte en lui une véritable dimension de conte contemporain, cherchant à créer des ponts entre des personnages que tout semble opposer. On sent tout au long du récit cette alchimie discrète, ce petit supplément d’âme qui rend leur rencontre possible et qui, au fond, tient beaucoup à la place centrale accordée à la lecture.
Une lecture vraiment agréable, parfaite pour se détendre.
CITATIONS
Si un sourire ne coûte souvent rien, il peut en revanche rapporter beaucoup.
Il a fallu me rendre rapidement à l’évidence que les gens n’attendent en général qu’une seule chose de vous: que vous leur renvoyiez l’image de ce qu’ils veulent que vous soyez.
Peu importait le fond pour Guylain. Seul l’acte de lire revêtait de l’importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écœurement qui l’étouffait à l’approche de l’usine.
J’aime ce moment particulier, quand la planète semble suspendre sa course, le temps pour elle de faire son choix entre la lumière du jour naissant et le noir de la nuit qui se meurt.
NOTE
